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MÉLANGES

D'ÉCONOMIE POLITIQUE.

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DE L IMPRIMERIE DE BEAU, à Saint-Germaiii-M-Ltyt.

î). HUME,

ESSAIS SUR LE GOMIERGE. LE LUXE. L'ARGENT, UOTillT VR L'ARGENT. LES IMPOTS. LE CRÉDIT PUBUG, ETC.

FORBONNAIS, ,

PRINCIPES ÉCONOMIQUES.

CONDILLAC,

LE COMMERCE ET LE GOUVERNEMENT. CONDORCET,

MÉ&AliaES D^GOnOMIE POUTIQUS.

LAVOISIER ET LAGRANGE,

DE LA RICHESSE TERRITORIALE DU ROYAUME DE FRAPICE.

ESSAI D'AMTHlfÊTIQDE POLITIQOB.

B^ FRANKLIN,

^ LA SCIENCE DU BONHOMME RICHARD

ET AUTRES OPUSCULES.

Fiécédii da loticn Moiqaei tor clia;ae anlm.

IT ACCOMPAGNÉS DE COMMENTAIRES ET DE NOTES EXPLICATIVES,

PAR a. IDStlIB BABI R S. BK MOmARI.

PARIS,

CHEZ GUILLAUMIN ET C'« LIBRAIRES,

Didkmnaire du Commerce et des Marehandise»^ de la Collection des principaux économistes, du Journal des Economistes, etc. R«e Rioheliea, n* 14*

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INTRODUCTION.

Dans les précédents volumes de cette coUection , nons avons reproduit les ^vres des écrivains qui ont fondé la science économique et qui Font portée tQ point elle est actuellement parvenue. Ces écrivains appartiennent à des «oies bien distinctes, et nous avons pu aisément les classer selon leurs doc- trines. Les Économistes financiers ouvrent la marche, viennent ensuite les Pk^sioerates^ qui les premiers ont donné une allure systématique à la science, qm ont fondé une doctrine économique , doctrine incomplète et erronée nos certains rapports, mais rigoureuse et logique; puis enfin les écrivains qu ont découvert les vrais principes de la science, et qui en ont élevé l'har- ■OQieux édifice. Il y a là, comme on voit, trois catégories tout à fait séparées : 1 la première, appartiennent Boisguillebert , Melon, Dutot , Yauban et Law ; lia seconde, Quesnay, Dupont de Nemours, Mercier delà Rivière, Tabbé Baodeau , Le Trosne ; à la troisième, Adam Smith , Malthus , J.-6. Say et Kkardo. Mais à c^té de ces pères de l'économie politique, se rencontrent aussi (les hommes qu'il est moins aisé de classer, soit qu'ils forment en quelque mte la transition entre deux écoles, comme Forbonnais et David Hume ; soit qn'ils n'adoptent pas tous les principes de l'école à laquelle ils se rattachent, comme Condillac; soit encore qu'à une époque la science avait déjà Mcompli de notables progrès* ils représentent avec autorité ou avec esprit ksidées anciennes, comme Necker ou Gtiliani ; soit enfin qu'ils se soient bornés, eomne Bentiiam , à étudier un seul point de la science, sans en considérer ressemble, ou qu'ils aient, comme Franklin , envisagé l'économie politique à peo près exclusivement au point de vue de la pratique. Les travaux écono- vaques de ces écrivains, qcd échappent à la classification, ont cependant une certaine importance, et notre collection serait demeurée incomplète si nous les i^Ds négligés. Ils se trouvent réunis dans ces deux volumes de Mélauges.

Le premier volume comprend les Essais économiques de Hume^ les Principes wmomiqnes de Forbonnais, le Commerce et le Gouvernement de Gondillac *^cr8 écrits de Condorcet, les Résultats extraits (fnn ouvrage sur la richesse ^itoriak du royaume de France de Lavoisier, avec un Essai d^ariihntétique r^tiqueét Lagrange; la Science du bonhomme Richard, et autres opuscules ^franUin.

Les Essais de David Hume ont répandu de vives lumières sur les questions

VI INTRODUCJION.

les plus controversées de la science, sur le crédit public, la population, Tlnté- rét de l'argent, le luxe, etc. Si Hume, au lieu de diriger vers l'histoire les études de sa \ie , avait porté spécialement son attention sur Téconomie politi- que , il figurerait incontestablement parmi les maîtres de la science. Ses Essais^ écrits avec beaucoup de clarté et de méthode, abondent en idées justes, en apei*eus neufs et ingénieux. La question de savoir si le luxe est utile on nuisible aux Etats se trouvait alors fréquemment agitée, et elle donnait lieu à beaucoup de déclamations. David Hume prit bravement le parti du luxe , et il prouva fort bien que les vices engendrés par les raffinements de la civilisation, si condamnables qu'ils soient, valent mieux à tout prendre que la barbarie des âges primitifs. Le luxe, remarquait-il encore , a efficacement servi la cause de la liberté en Europe ; car ce sont les arts de luxe qui ont donné naissance à la classe des industriels et des n^ociants, autrement dit à la bourgeoisie, et c'est la bourgeoisie qui a pris l'initiative des réformes et qui les a fait prévaloir contre l'aiistocratie. En même temps qu'il défendait le luxe, l'auteur des Essais faisait bonne justice des préjugés des partisans de la balance du commerce : a II estaussi impossible, disait-il, qu'un royaume peuplé » et industrieux demeure sans espèces, qu'il Test de voir tarir nos sources, nos » ruisseaux et nos rivières.» H consacrait aussi un court mais excellent chapitre à la Jalousie commerciale; l'un des premiers, il contribuait à ruiner le vieil adage, et le, profit de l'un fait le dommage de l'autre, 9 et il démontrait cette vérité si simple, mais jusqu'alors si méconnue, qu'un- pays a plus d'intérêt à être environné de nations ridies que de nations pauvres,, par la même raison que Ton peut faire avec un homme opulent plus et de meilleures affaires qu'avec un homme dénué de ressources. Il était réservé, au reste, à J.-B. Say de donner à cette vérité importante le cachet de la certitude scientifique. Quel- quefois les vues de Hume étaient moins lucides, il ne réussissait pas toujours à se dégager des préjugés économiques de son temps. Ainsi, par exemple, il accordait aux impôts indirects une préférence marquée sur les impôts directs, et il donnait pour motif de cette préférence, que les contribuables paient l'im- pôt indirect insensiblement, et pour ainsi dire sans s'en apercevoir. Qu'importe^ si le fardeau est le même 1 Si bien déguisé qu'il soit, ne le ressent-on pas tou- jours? Hume donnait toutefois pour justifier son opinion une raison plus solide que celle-là, il disait : a On peut augmenter à peu près indéfiniment les impôts directs; il n'en est pas de même pour les impôts indirects ; un moment arrive l'augmentation du chiffre de l'impôt diminue la recette au lieu de Tac^ croître, d Observation profondément vraie , et sur laquelle a été basée toute la réforme financière de la Grande-Bretagne! mais cette observation n'est-elle pas applicable dans une certaine mesure àtoute espèce d'impôts? I.,orsque les charges pablfques, soit directes, soft indirectes, sont exagérées, le pays s'ap- pauvrit et, par même, les recettes du fisc s'amoindrissent.

Adam Smith estimaitbeaucoup les Essaisùe Hume, et il lesdte avec honneur.

Les Principes économiques, de Forbonnais appartiennent au système mer^

INTRODUCTION. vu

emile. C'est un ouvrage que recommande surtout le nom de Tauteur, un des ftm laborieux écrivains du xvni« siècle, et dont les investigations se portè- rest avec fruit sur les parties secondaires de la science. L'ouvrage deCondillae^ te Commerce et le Gouvernement, a plus de valeur ; le style en est clair, ferme et eoneis, et certaine parties du livre, particulièrement celles qui traitent de la ■ofioaie et du change^ renferment des vues pleines de justesse. Aucun auteur B a exposé avec plus de lucidité la théorie du change. Malheureusement il y a cfaex GcHidillac une sorte de prédisposition innée à s*appuyer sur des hypo- tl^aes plutôt que sur des observations ou des faits. Ce vice de l'esprit de rsateur jette sur la plus grande partie de Tœuvre une teinte d'obscurité que la clarté du langage ne dissipe pas toujours sufûsanunent. Le Commerce et le Gouvernement devait avoir trois parties, mais les deux premières seules ont paru , la troisième n'a pas été faite.

Nous avons choisi parmi les nombreux ouvrages de Gondorcet quelques écrits ayant trait spécialement aux matières économiques , tels que Tarticle Monopale et Monopoleur^ la Lettre d'un laboureur de Picardie à M. Necker^ les Refiexiims sur tesdavage des Nègres, sur la Justice criminelle, V Influence de k Révolution d'Amérique sur UEurope, V Impôt progressif. Ecrivain plein d'elération et de duileur, Gondorcet avait voué sa plume à toutes les causes <pi intéressent le progrès moral et matériel de l'humanité. Dans l'article Memopole et Monopoleur, et dans la Lettre d'un laboureur de Picardie, il se Bontre le partisan éclairé et convaincu de la cause de la liberté du travail et éa commerce; dans les Réflexions sur la justice criminelle, i\ dénonce avec énergie les châtiments barbares que le code de Golbert avait établis contre les Ênx-«auni€rs, et il demande avec Montesquieu et Becoaria , que la peine soit proportionnée au.délit. Les Réflexions sur V esclavage des Nègres associent Gon- doreet au noble mouvement philanthropique qui eut lieu contre l'esclavage, à ift fin da siècle dernier, mouvement qui devait porter ses fruits en Angleterre, oiajs qui n'a pas eneore abouti en France. Gondorcet a aperçu aussi la véritable portée de la révolution d'Amérique, il a compris que cette révolution, qui introduisait dans le monde l'application la plus large du principe^ du Self- Gotfemtnent^ et qui brisait l'arche sainte du système colonial, allait inaugurer one ère nouvelle dans la vie des nations, une ère de justice , de liberté et de paix. U nous semble avoir été moins heureux dans son Essai sur Vimpôt pro- gressif; emporté par son ardent amour de l'égalité, le noble philosophe déclare lagnerre aux gros capitaux, sans remarquer que tout capital, grand ou petit, &t le fruit du travail , et qu'en frappant le capital on atteint le travail. Un iap6t progressif n'aurait vraisemblablement pour résultat que d'appauvrir la Btfion qni l'adopterait , soit en provoquant Témigration des grands capitaux , tnt en décourageant l'épargne. Seul , l'impôt proportionnel est équitable et Qtile.

Après les écrits économiques de Gondorcet, nous donnons les Résultats extraitM d'un ouvrage sur la richesse territoriale du royaume de France de

VIII IJNTRODUCTiON.

Lavoisier ; ce travail statistiqae de l'illustre et malheureux chimiste jouit d'une réputation méritée. V Essai sur la population de Paris qui s*y trouve compris, se recommande à la fois par Texactitude des faits et les conclusions ingénieuses que Fauteur en tire ; cet ouvrage de Lavoisier, ainsi que le petit Essai d'Arithmétique politique de Lagrange , qui en forme le complément , étaient devenus fort rares.

Le premier volume est terminé par les opuscules économiques de Franklin. Il y a dans ces opuscules deux parties bien distinctes. Dans la première , il n'est guère question que d'économie privée; c'est surtout que Franklin excelle : la Science du bonhomme Richard est un traité complet de l'art de bien gérer sa fortune. La seconde partie renferme les opinions de Franklin sur diverses questions d'économie publique, et toujours ces opinions, qu'il s'agisse de la liberté du travail et du commerce, de l'esclavage ou de la guerre , sont pleines d'élévation et de sens.

Dans le second volume des Mélanges, nous avons placé les Dialogues sur le commei^ce des blés de l'abbé Galiani, avec les passages les plus saillants, en note, de la Réfutation de l'abbé Morellet; le célèbre ouvrage de Necker sur la Législation et lecommerce des grains; le liyredevenu très-rare de M. de Mon- tyon ; Quelle influence ont les diverses espèces d'impôts sur la moralité, l'ac- tivité et rindusirie des peuples; et la Défense de fusure de Bentham.

Les Dialogues de Galiani et l'ouvrage de Necker sojit des plaidoyers dirigés contre la liberté du commerce des grains. Défendue par Tui^ot et les physio- crates comme conforme au droit de propriété et avantageuse à la nation, la liberté du commerce des grains était alors vivement attaquée par les partisans du système mercantile. C'était surtout la liberté d'exportation qui se trouvait en cause. L'éditde 1764, par lequel l'exportation avait été autorisée jusqu'à ce que le prix du setier de blé eût atteint la limite de 30 livres, était le prin- cipal objet de la dispute. Le prix du blé ayant haussé accidentellement après la promulgation de l'édit, les restrictionistes concluaient de ce iait que la liberté d'exportation était funeste au pays. «Le haut prix du grain, disaient-ils, dimi- nue d'une partie les ressources du peuple , et de l'autre ralentit l'essor des manufactures. Or, les manufactures seules peuvent amener d'une manière permanente de l'argent dans le pays, seules elles peuvent augmenter la richesse de la nation. L'intérêt particulier des propriétaires fonciers doit donc, dans cette circonstance, être sacrifié à Tintérét de tous. )>

Les restrictionistes admettaient comme une vérité démontrée, que la liberté d'exportation augmenterait le prix du grain ; ils ne voulaient pas comprendre que l'agrandissement du débouché amènerait nécessairement l'augmentation de la production, et qu'alors le niveau ordinaire des prix se rétablirait. Ils ne voyaient que la hausse actuelle, et ils cherchaient dans l'arsenal du système réglementaire des armes pour la combattre. Toutefois ils ne s'accordaient guère sur le choix des moyens, et il était impossible qu'ils s'accordassent. Si la liberté n'a qu'une voie , la réglementation en a mille. Quand des hommes

INTRODUCTION. i\

une imperfection dans les lois de la nature , et donnent carrière à |0V hMginatfcm pour la redresser, ce serait un grand iiasard s'ils allaient tous iecMTrir le même remède. Galiani a son système et Neeker a le sien. Galiani « borne à dCTaander un droit de sous à l'importation et de 50 s. à l'ex- pflttffatt. Neckèr eit beaucoup plus compliqué ; il veut que l'exportation des priu n'ait lien que sous forme de farines, et qu'elle s'arrête à la limite de H ifres; Il veut encore que la circulation intérieure des grains soit entravée te eertaines circonstances, etc.

Des principes^ il n'en faut pas demander à Galiani. Son opinion est qu'il l'y a pas principes applicables à laiégislation des grains. Tout dépend, se- kilë, des temps, des lieux, des circonstances. La l^iation qui convient à m petit pa3f8 comtne Genève, ne convient pas à un pays de moyenne étendue mme la HoUande, et la législation qui convient à la Hollande ne vaut rien pMT h Pranee.. De même pour les époques : ce qui était bon autrefois peut être ■ttvaii aujourd'hui ; il suffit des moindres changements, de création d'une ifite,de l'ouverture d'un canal, de l'introduction d'une maùufacture nouvelle, psv rendre nuisible uiie mesure qui naguère était utile, pour déterminer dans Il M me modification restrictive liliérale. Et l'auteur des Dialogues de par- cNrir le monde pour diercher des (hits à l'appui de ce système qui exclut les lystees : ces fidts, ii ne manque pas de les rencontrer. Ainsi il trouve que toèfe a eu raison d'entraver la liberté du commerce des grains, que la Hol- Isdea eu raison die n'y point toucher, que la France a eu à la fois tort et raison k proelanier la litwrté d'exportation. Tout cela^n^est- que de la fentaisie ; mais lyttantd'eqprttdans cette fantaisie, la forme des Dialogues est si neuve, si pjysuliet si originale» que l'on s'explique le succès de Fœuvre sophistique de Fahbé napolitain. L'abbé Morellet, qui répondit à Galiani, n'eut pas de peine à ■ettre en lumière les contradictions et les erreurs qui fourmillent dans les Dia- fcjseï, mais il eut le tort de répondre trop longuement et de s'appesantir sur te Mails. Nous avons extrait les meilleurs passages de sa Réfutation, et nous kl tvoos Joints aux Dialogues sous forme de notes.

Qioique Neel^er n'admette pas plus que fraliani des principes absolus en Mttère de législation des grains ^ il part cependant d'un principe , selon lui , BMsptntable, à savoir : l'antagonisme nécessaire, inévitable, de la classe pro- frtéWre et de celle .qui ne possède pas , et la supériorité la première sur h seconde : « Ce sont , dit-il en parlant des propriétaires et des salariés , ce t tout des lions etdes animaux sans défense qui vivent ensemble ; on ne peut

lagaenter la part de ceux^ qu'en trompant ia vigilance des autres et ne

* kw laissant pas le temps de s'élancer ^ » D'où Neeker conclut, que l'œuvre fc pouvoir doit prindpalenient consister à protéger les classes non proprié- ^ita contre les classes propriétaires. Mais par quel moyen? Par fa limitation

' Sur la législation et If commtrcf des grains, t. M, p. 189.

X INTRODUCTION.

du droit de propriété , puisque e-est à la propriété et au pouvoir qu'elle confère, que les propriétaires sont redevables de leur supériorité. Et au nom de quel droit? Au nom d'un droit que Necker ne définit pas/ mais qu'U dé^-- gne sous le nom de Droit de l'humanité.

On voit cela conduit. Si, comme le prétend Necker, a Tempire des pro- » priétaires sur l'homme sans propriété ne change jamais, s'il augmente au con- 9 traire sans cesse S » qu'y a-t-il à faire? Rien autre diose qu'à supprimer la propriété , car l'intérêt des masses passe avant l'intérêt de quelques-uns ; rien autre chose qu'à remettre toutes les terres et tous les capitaux entre les mains de l'État, en lui abahdonnant la faculté d'en disposer au plus grand avantage du plus grand nombre. Mais Necker, qui vraisemblablement fraterniserait au jourd'hui atec M. Louis Blanc , arrêtait à mf-chemin les conséquences de son système: il ne demandait pas la suppression du droit de propriété» U se bornait à en demander la limitation. Il est vrai que les propriétaires fonciers avaient alors le pouvoir, et que c^était déjà )>eaucoup, de.rogner un peu les griffes de ces lions.

lie livre de M. Necker date de 1776; il obtint un succès iipmense, car il répondait aux préjugés du jour. Quelques années plus tarà on mettait en pra- tique les préceptes du philanthrope genevois, on limitait la liberté, on confis- quait les propriétés, on proscrivait les propriétaires au nom des droits de l'homme, et Dieu sait ce qu'y gagnait l'humanité 1 Combien les préceptes des physiocrates étaient supérieurs à ceux-là I II y avait di^ns le livrede;Neckcr une révolution et une anarchie ; il y avait une admirable réforme sociale dans les li- vres de Quesnay et -de Turgot. Selon les pbysiocrates, aucun antagonisihe na- turel n'existe entre les différentes classes* qui composent la société, et l'oppo- sition des intérêts nait uniquement des restrictions et des privilèges ; la suppression de ces restrictions et de ces privilège^, établis aux dépens de la propriété et de la liberté, doit en conséquence amener l'harmonie des inté- rêts, et, avec elle , le bien-être général. Doctrine admirable , et qui donne à toutes les difficultés une solution simple et facile I Doctrine à laquelle il a fallu revenir après un demi-siècle de tâtonnements dans les voies du système régle- mentaire y et qui préside à la grande réforme économique que l'Angleterre est sur le point de couronner I

Quelle influence ont les diverses espèces dHmp&ts sur la moralité , Factivité et findustrie des peuples ? Tel est le titre du livre de M. de Montyon, le cé- lèbre philanthrope. Il y a, dans ce livre, d'excellents renseignements sur le sys- tème fiscal de l'ancien régime. Malheureusement l'auteur, qui possédait parfai- tement sa matière, et qui était d'ailleurs un observateur attentif et judicieux , n'avait point des principes suffisanmient arrêtés en économie politique. U ne donne aucune théorie bien nette de rimp6t; il se borne à rechercher ^uels

' Sur la législation et le commerce des grain t, t. I, p. 167.

r

INTRODUCTION. xi

■pMidohreDt être évités comme nuisibles, et quels impôts doivent être adop- ta eomme utiles. Encore, dans cette recherche, s'égare-t-il souvent. Ainsi, il partage cette erreur nssez commune , que l'impôt peut devenir un instrument è BorallsatMm , en apportant un obstacle préventif à l'exercice de certains fachaiit9,et il loue à ce point de vue les impôts somptuaires, les impôts ■r lo biteons , sur les spectacles, etc. Avons-nous besoin de dire que, sous «apport , l'utilité de Fimpôt est tout à fiait illusoire ? Un impôt sur les bois- m alcooliques n'empêche pas Tivrognerie; au contraire, il la rend plus iMannte et plus dangereuse , en obligeant le peuple à se contenter de 11- pcm inférieures et malsaines. Un impôt sur les spectacles n'engagerait pro- Uteent pas les habitués des théâtres à faire un meilleur emploi de leurs loin, et depuis longtemps on a reconnu l'inefflcacité des lois somptuaires. Les ocès proviennent des passions ; si l'on peut, au moyen de l'impôt , atteindre to passions dans quelques-unes de leurs manifestations vicieuses , on ne sau- niltt atteindre dans leurs racines. Il y a un moyen plus sûr, plus efficace, f igir sur les appétits matériels de l'homme : ce moyen consiste à développer nBleiligeQce et les sentiments élevés de l'ftme. On met alors l'homme en élat èlotter, de lui-même , contre ses mauvais penchants et de tourner son acti- nie vcn tes bons. Mais c'est assurément une erreur de croire qu'il suffise de fcoKT quelques issues à une mauvaise passion pour la détruire; c'est une er- reir de croire qu'il suffise d'obstruer les portes de l'enfer pour ouvrir le che- lÉBdodel.

ComBie la plupart des philanthropes, M. de Montjon se préoccupe de la cha- rtéplns que de la justice; comme eux, il oublie trop souvent que les institutions ée charité qui ne sont pas fondées sur la justice sont nuisibles au peuple au in de lui être utiles. D'une part, il est d'avis que des impôts doivent ^ établis pour secourir les ]^uvres, il est partisan de la charité légale ; ^W autre part, il veut des itn^Xs progressifs. Combinez cependant ces deux ^HttQtloQs, la charité légale et l'impôt progressif, et vous arriverez , à quoi? Al psopérisme : tandis que la charité légale multipliera les hommA , l'impôt pngreasif diminuera les capitaux, c'est-à-dire les moyens de subsistance. Il KnfBt pas, eomme on voit, d'aimer l'humanité pour rendre les honomes heu- fcsifil faut encore bien connaître les lois naturelles qui régissent le monde Canonique.

Le livre de M. de Montyon, excellent quant aux faits, pèche donc par la ^Mbiae. On ne saurait adresser le même reproche à la Défense de l'usure , fid termine le volume. Cet opuscule de Jérémie Bentham a été justement con- ^ti^ eomme un chef-d'œuvrç de sens commun et de logique. L'illustre philo- >pbe anglais y dânontre péremptoirement qu'il n'y a pas plus de raison pour ^^enniner le niveau de l'intérêt de l'argent que pour établir un maximum sur l<i marchandises; que les lois contre l'usure sont plus nuisibles aux emprun- ^ qu'aux usuriers; que l'usure est le plus souvent équitable et utile-, en-

XII INTRODUCTION.

fin il fait lionne justice de tous les préjugés amassés par les siècles contre le prêt à intérêt. Il semblerait qu*aussitdt après la publication d'un pareil livre les lois contre Tusune auraient être partout abolies. Cependant, il y a soixante-dix ans que la Défense de Vuiure a été écrite, et Ton n'a pas cessé encore de. limi- ter légalement le taux de Tintérêt, tant les réformes sont lentes à s'aooom* plir, alors même que la justice et Futilité en ont été le mieux démontrées.

G. DE M.

D. HUME.

ESSAIS

SUR LE COMMERCE,

U LUXE, L'ARGENT, L'INTERET DE L'ARGENT, LES IMPOTS. LE CRÉDIT PUBLIC, ETC.

NOTICE SDR D. HtlME.

Hina (Dt^), philoiophe, historien et éoonomlftei naquit à Edimbourg, en nn^etncmnit dans la m^ne yOle^le 26 août 1776. Larieheasedesa fifto^le Kiépondait pas à Fillnstratian de scm origine. Gqpendant» quoique sa mère ftt talée veuve de bonne lieure, avec deux autres enfants, un garçon et une ik, Hune reçut une éducation très-libérale. Les succès qui marquèrent ses Midaariques firent naitre, d'abord, la pensée de le destiner au barreau. On ^^ânk d'autant ]^us qu'il embrassAt une profession lucrative, que, par l'ef- fctii droit de primogéniture admis par la législation anglaise, 0 devait voir M frère recueillir un Jour la presque-totalité de l'héritage de l^rs parents «Mm. Mais cette considération ne pouvait toucher un esprit qu'avait d^à Ptoné l'amour de la science, et qui se sentait de force àen aborder les plus Mâei pnri)lèmes. L'intelligenee humaine n'ayant rien à demander au droit p«ilif,àBMiins qpi'elle ne l'étudié dans ses rapports avec la nature des choses, aqid est rentrer dans le domaine de la philosophie, et divorcer avec le mé- ^<k jurisemisulte, Hume se dégoûta promptementdn Digeste et de ses oom- ■ahteon.Il pouvait moins encore se complaire dans la pratique et les détails %iresdn négoce. TouteMs, pair condescendance pour sa mère, il se roiidit ^Brislol, en 1734, muni de lettres de recommandation pour' les premiers ^onofants de cette ville. Mais, après cette seconde épreuve, dont la durée k trèi-eourte, il forma définitivement le projet de s'abandonner aux instincts ^ HDstore, et de suppléer, par une économie rigoureuse, aux ressources 9*9 ne trouverait pas dans ses travaux scientifiques ou littéraires*

Uvie étant beaucoup moins dière en France qu'en Angleterre, Hume se badm notre pays, il habita successivement la Champagne et TAi^ou. f faan troisaiis ày écrire le premier de ses ouvrages de métaphysique, son ^f^Uidela nature humaine, qu'il revint publier à Londres vers la fin de ^^tt* n rapporte hd-mème, dans la notice qu'il a tracée de sa propre vie, ^«Jamais début littérmire ne fiit plus malheureux, et que l'ouvrage mou- ^ea Baissant, sans même obtenir l'honneur d'exciter un signe de mécon- ^^Mat parmi les dévots. > Mais cet aveu est d'une humilité excessive, car i^^iseontestable que la Revue des ouvrages du monde savant^ la seule que ^^kterre possédât à cette époque, crut devoir attaquer ce livre et lui con- "^ vae réftttation dont le célèbre Warburton passe pour être l'auteur.

4 NOTICE SUR D. HUME.

Quoi qu'il en soit, Hume ne se laissa pas décourager par cet échec, et il fit paraître à Edimbourg, en 1742, la première partie de ses Essais moraux , politiques et littéraires. Cette série âe discours, qui traitent de Torigine et des principes du gouvernement, de Tlndépendance du Parlement anglais, de la délicatesse du go^t et^ de la passion, de la doctrine des Épicuriens, des Stoïciens, des Platoniciens et dds Sceptiques, de la polygamie, du divorce, etc. , et dans lesquels la sagacité du philosophe écossais ne se révèle pas moins que dans son premier ouvrage, mais s'exerce sur des matières beaucoup plus ac- cessibles à toutes les intelligences, quoique mieux goûtée du public, n'obtint encore qu'un médiocre succès. Aussi, l'auteur, malgré tout le prix qu'il atta- chait à son indépendance, fut-il contraint d'accepter l'éducation des enfants du marquis d'Annandale. 11 passa en Angleterre les années 1745 et 1746 dans la. maison de ce seigneur. En 1747, il fut emmené à Vienne et à Turin par le général Saint-Clair, ambassadeur de sa nation près de ces deux cours. Il oc- cupa les loisirs de ce voyage à refondre son Traité de la nature humaine, et le publia de nouveau sous le titre de RecÂerches sur Ventèndement humain^ mais sans plus de bonheur que la première fois. En 1752, parut la seconde partie de ses Essais^ comprenant seize discours, dont neuf roulent sur des sujets d'économie politique exclusivement. Au témoignage de Hume, ce fut le seul de ses ouvrages qui fut investi, de prime-abord, de la feveur que tous obtinrent plus tard. W y ajouta, les années suivantes, les Recherches sur les principes de la morale et V Histoire naturelle de la religion, œuvres qui, avec ses Dialogues sur la religion naturelle , et son Essai sur le suicide et Vimmor- talité de Vàme S forment, en y comprenant ses deux volumes d'Essais:, tout ce qu'il- a écrit sur la métaphysique, la politique, la morale et la littérature.

En 1746, Hume avait tenté d'obtenir la chaire de philosophie morale de- venue vacante, à Edimbourg, par la mort de Pringle. Mais il s'était montré déjà trop libre penseur pour que le clei^é favorisât sa candidature, et le doc- teur Beattie, qui postulait cette même place, eut la préférence. Ce fait, dans lequel Hume dut voir un malheur, est peut-être, cependant, la cause principale de sa gloire et de sa fortune, en ce qu'il détermina, six ans plus tard, sa nomination au poste de bibliothécaire de la Faculté des avocats d'E- dimbourg. Cette position n'entraînait pas les mêmes avantages pécuniaires que l'autre, mais elle mettait Hume en possession d'une immense collection de livres qui lui suggéra^ en même temps qu'elle lui en fournissait les moyens, l'idée d'écrire sa belle Histoire de f Angleterre'^. Le premier volume de cet im- portant ouvrage parut en 1754, et le dernier en 1761 , L'auteur nous apprend encore que le début de son entreprise ne s'effectua pas sous des auspices plus heureux que toutes les précédentes : « Je comptais beaucoup , dii-il, sur le succès de cette production. J'étais, je le savais, le seul historien de mon pays qui eût écrit sans rien sacrifier à l'ascendant du pouvoir dominant, à l'auto-

1 Ces deux derniers ouTrages ne furent publiés qu'après la mort de Tauteur.

2 Traduite par M"». Belot etpar Tabbé Vréyost, Amsterdam y 1705, 6 vol. in-4».

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•fté présente, à Imtérèt du moment, aux préjagés populaires ; et» comme ce fljct était à la portée de tous les esprits, je m'attendais à recueillir Tapproba- to de tous les lecteurs : mais combien je fus trompé dans mon attente I Des n iroanmies de reproches, de désapprobation et mième de haine, m'assailli- mt de toutes parts; les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Wighs, les Tafies, les incrédules et les dévots, les partisans de TÉglise établie et les dis- B^Bts, les patriote et les gens de robe, tous s'unirent avec fureur contre rhnone qui avait osé s'attendrir en racontant les malheurs de Charles pi* et te eaoïte de Strafford. Ce qui était plus humiliant, c'est qu'après que cette ffcrescence de Tanimadversion générale fut apaisée, le livre parut tomber tes Toubli. M. MUlar, mon libraire, m'apprit qu*il n'en avait pas vendu furante-ciDq exemplaires dans une année. Si j'excepte le primat d'Angle- terre (le doceurHerring) et le primat d'Irlande (le docteur Stone), qui m'écri- yk&A de ne point me décourager, je ne pouvais trouver dans les trois royau- ■es un seul homme, un peu considéré. par son rang et par sa réputation comme kaone de lettres, qui pût supporter la lecture de mon livre. i>

Soit que H^me ait^ ou non^. pris plaisir à exagérer rindifférence première èi public poTOT ses divers travaux, il est incontestable, du moins, que ce n'est fsère que de 1754 à 1763 qu'il fut rendu pleine justice à son mérite, et qu'il k dut principalement à la publication de son Histoire de V Angleterre^ qui rap- pris ses autres écrits et fixa sur eux l'attention de tous les savants de l'Eu-, rape. Mais, à partir de cette dernière époque surtout, la fortune et la gloire ■e hd mardiandèrent plus leurs faveurs. Il vit ses livrets, demandés par tout le monde, chèrement payés par les libraires^ Lord Bute l'avait fait gratifier fane forte pension par< le roi. Lord Hertford lui procura le titre de secré- tiife d*ambas6ade, et l'attacha^ en cette qualité, à la mission qu'il vint, en 1763, remplir près la cour de France. Hume ne passa pas moins de trois ans a Paris, on son arrivée fut une espèce de triomphe, et son séjour l'occasion Cime existence nouvelle faite pour plaire à un philosophe qui n'affectait pas pto le stxrïdane dans ses mœurs que dans ses doctrines. « M. Hume, dit Gfimm dans sa correspondance \ se reflète si bien l'esprit des salons du àeroier siède, doit aimer la France; il y a reçu l'accueil le plus distingué et k plus flatteur. Paris et la cour se sont disputé l'honneur de se surpasser. Ce- padant M. Hume est bien aussi hardi dans ses écrits philosophiques qu'aucun philosophe : ce qu'il y a encore de plaisant, c'est que toutes les jolies femmes se k sont arraché, et que le gros philosophe écossais se plait dans leur société. Cestun excellent homme que David Hume; il est naturellement serein; il eotend finement; il dit quelquefois avec sel, quoiqu'il parle peu; mais il est lourd et n'a ni chaleur, ni grâce, ni agrément dans l'esprit, ni rien qui soit propre à s'allier au ramage de ces charmantes petites machines qu'on appelle joties femmes. Oh! que nous sommes un dr6le de peuple! »

Hume, dont la gloire est peu compromise par Tépigramme qui dot cette

* ?nmiàr9 partie^ X. t, p. 114.

6 NOTICE SUR D. HUME.

narratkm, relouiiia en Anglelerre en 1766, emmenant avec lui J.-J. Bous- seau pour lequel il se propoiait d'obtenir une pension de son gouvemement. Mais rimi^ati(m OMladive du philosophe de Genève ne tarda pas à lui per- suader que les Tues l»ienTdllantes de Hume n'étaient que le rémltat d'un complot tramé, avec d'Alembert et les encyclopédistes, pour le dégrader aux yeux des contemporains et de la postérité. D reftisa la pension que le roi d'Angleterre lui avait offerte, et de une longue querelle qui forme l'un des plus tristes épisodes de l'histoire littéraire du xvni* siède. Les pièces princi- pales de cette a£Mre gisent dans une lettre de Bousseau datée de Wooton, le 10 juillet 1766, dans VBxposé succinct de la cùtUestation qui s'est élevée entre M. Hume et M. Rousseau, écrit du premier, et dans un autre le mtaie eut le tort, unique peut-être, mais très-grave, de livrer au public la cor- respondance de Bousseau *• Hume flit nommé sous-secrétaire d'État en 1767. En 1769, il se retira à Edimbourg, riche d'environ 34,000 francs de rente, et disposé, comme û le dit lui-même, à jouir du superflu après avoir longtemps été réduit au nécessaire. Mate le bonheur qu'il attendait de la santé, de l'indé- pendance et d'une coniridération littéraire acquise par de rudes travaux, de- vait être pour lui d'une Men courte durée. Atteint en 1776 d'une maladie qu*il ne tarda pas à juger incurable, il mourut, le 36 août 1776, à l'Age de soixante-cinq ans et quelques m(4s. C'est dans c^ intervalle qu'il se plut à écrire son Autobiographie *, n ne s'exprime qu'au passé, et comme s'il ne comptait d^à plus au nombre des vivants.

En philosophie, Hume est l'un des représentants les plus considérables de l'école sensualiste et du scepticisme. On peut ne pas adopter les opinions qu'il professe; mais il est impossible de méconnaître rhabileté avec laquelle il les expose, l'audace calme et forte de sa pensée, la finesse de ses analyses, et sur- tout la clarté qu'il apporte dans des matières tant d'autres n'ont acquis de la réputati(m peut-être, que parce qu'il était beaucoup plus fodle de les admirer que de les entendre. En économie politique, il n'a pas eu la gloire, comme raCQrme un savant biographe >, de poser les bases de la science ; mais 11 est un des écrivains qui eurent le plus têt conscience de ses véritables prin- dpes, et qui la traitèrent les premiers, non en marchands, mais en philoso- phes. Les considérations auxquelles il s'est livré sont d'autant plus remarqua- bles qu'elles sont antérieures à tout ce qui est sorti de la plume des physiocrates, et qu'on ne citerait peut-être pas, avant lui, un seul auteur de la même nation qui eût su se soustraire À l'influence des préjugés de la balance du commerce. Hume, que les liens d'une étroite amitié unissaient à Adam Sndtfa, vécut assez

* Une partie des pamphlets suscités par cette déplorable quereDe a été rëanie dans lês t. XXVII et xxvm des CÊwres de Bousseau, édit. de Pdnçot.

* Traduite par Suard; 1777, iA-12.— Richie (Th. Edward) a donné en anglais on Essai sur la vie et les écrits de David Hume^ 1807, in-8«. M. ^urton (John Hill) Tient de pu- btier, en anglais également, Vie et correspondance de David Hume, d'après les papiers légués par soc neveu à la société royale d'Edimbourg, et autres sources originales, Edimbourg, 1 vol. in-8*». (V. fFestminster Rei'iew, n" d'octobre 1846.)

* M. Walckenaer, Biog. univ, art. Hume.

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' à son illustre compatriote le succès du beau livre de la Ri* des na^ms. On a de lui la lettre suivante, du t*^ avril 1776, qui cer- \ plus sa propre mémoire qu'elle ne rehausse gloire de celui ifiicfiecstadreisée: « Courage,* mon cher monsieur Smith : votre ouvrage ■'a ttt le pins grand plabir, et, en le lisant, je suis sorti d*un état d'anxiété péidUe. Cet ouvrage tenait si fort en suspens et vous-même , et vos amis, et le p^iic» qve je tremblais de le voir paraître ; mais enfin je suis soulagé. Ce ■*est pas qu'en songeant combien cette lecture exige d'attention, et combien poi le publie est disposé à en accorder, je ne doive encore douter quelque imps du premier souffle de la faveur populaire. Mais on y ^uve de la pro- r, de la solidité, des vues fines et ingénieuses, une multitude de ftdts l; de tds mérites doivent tôt ou tard fixer l'opinion publique, d Les cBUTies de métaphyi^e, de politique, d'économie, de morale et de ittérature de Hume, ou Essays and Treatises